Faust 2030

Mise en scène et scénographie : Laurent Paris

Adaptation : Frédérique Hardy et Laurent Paris

Interprétation : Jacques Nouard et distribution en cours

On ne présente plus ce grand mythe qui, tout en prenant sa source dans l’antiquité, puise ses origines véritables auprès de Johann Georg Faust, un alchimiste allemand. La légende dit que, déçu par la vacuité de son existence, celui-ci décide de signer un pacte avec le diable en échange duquel il pourra avoir tout ce qu’il désire durant une période donnée.

L’œuvre qui reste la plus marquante et qui a inspiré de nombreuses adaptations est la pièce de théâtre du poète Goethe dont le premier Faust est publié en 1808. La forme lyrique de l’ouvrage recèle un propos philosophique, un questionnement concernant des thèmes existentiels majeurs comme l’équilibre entre le labeur et le plaisir ou la possibilité d’une seconde vie.  Quel en serait alors le prix ?

L’importance de cette œuvre tient aussi à ce qu’elle représente dans le mouvement romantique. Par son style et les thèmes abordés, elle bouleverse la forme classique du XVIIe siècle mais aussi les idées des Lumières et du début de l’Empire. De nombreux artistes et écrivains français s’illustrent dans cette mouvance. Parmi eux, Delacroix, Lamartine, et surtout Victor Hugo qui livre, dans la Préface de Cromwell, sa volonté de défaire les codes établis, autant concernant la forme, de part une versification nouvelle, que le fond, à travers des thèmes mêlant le réalisme et le fantastique, faisant se côtoyer « le sublime et le grotesque ».

Le Faust de Goethe a donc révolutionné l’histoire du théâtre et de la littérature en Europe et reste une œuvre complexe à laquelle l’auteur a consacré une grande partie de sa vie, terminant, à la veille de sa mort, le Faust II qui sera publié à titre posthume.

Depuis l’édition du premier Faust, de nombreuses adaptations au théâtre, et d’abord en France, ont vu le jour. Très peu ont visité l’ensemble du texte, et quasiment toutes ont été des adaptations. Les théâtres parisiens ont produit de nombreuses versions, avec parfois des scénographies impressionnantes, des pièces mettant plus en avant la comédie que la tragédie. L’adaptation qui reste la plus importante, avec plus de mille représentations, est l’Opéra de Gounod qui a été considéré longtemps par beaucoup comme une sorte d’œuvre originale du Faust.

Madame de Staël écrit dans De l’Allemagne au sujet du personnage de Faust :

« Faust rassemble dans son caractère toutes les faiblesses de l’humanité : désir de savoir et fatigue du travail ; besoin du succès, satiété du plaisir. C’est un parfait modèle de l’être changeant et mobile dont les sentiments sont plus éphémères encore que la courte vie dont il se plaint. Faust a plus d’ambition que de force; et cette agitation intérieure le révolte contre la nature, et le fait recourir à tous les sortilèges pour échapper aux conditions dures, mais nécessaires, imposées à l’homme mortel. »

Cette dichotomie, qui peut être ressentie par beaucoup d’entre nous, nous incite à trouver l’équilibre, toujours sur le fil, entre nos devoirs et nos plaisirs. Quelle part a, dans notre vie, le sentiment de satisfaction lors de la réalisation de nos tâches ? Quelle part prend la culpabilité quand nous passons à côté de bonheurs simples ? Qu’est-ce qui favorise ou empêche l’épanouissement ? Est-t-il possible de vivre harmonieusement, en travaillant, en étant amoureux, en assouvissant le besoin de reconnaissance, et ce malgré les accidents et les malheurs auxquels nous tous, mortels, sommes confrontés ?

Le monde d’aujourd’hui, notamment celui engendré par nos civilisations occidentales, se trouve face à des défis inédits, rien moins, pour les résumer, que la survie de l’humanité.

Depuis la parution du Faust de Goethe, la révolution industrielle, les deux grands conflits mondiaux, les avancées technologiques ont amené la mise en place de systèmes fondés sur la production, la consommation et les échanges mondialisés. D’indéniables progrès sont donc aussi la sources de problèmes majeurs au niveau environnemental, social, culturel et politique.

Ce phénomène ne fait qu’accentuer le propos essentiel de Faust qui est ce déchirement entre une vie fondée sur le plaisir de l’homme qui serait sans limites et la rigueur du cadre qui lui est imposé.

Monter Faust aujourd’hui, c’est réfléchir à ce que pourrait-être un pacte contemporain avec le diable, voire quelle serait la figure de ce dernier.

Monter Faust aujourd’hui, c’est aborder les enjeux auxquels notre monde est confronté. Celui des migrations forcées par le dérèglement climatique, celui de la mauvaise répartition des richesses qui creuse le fossé entre ceux qui ont le pouvoir et les précaires, celui de la violence d’organisations terroristes et criminelles, celui de conflits qui semblent inextricables. C’est aussi la façon de s’emparer des technologies de pointe, celles qui ont trait à de nouvelles formes de communication, notamment à l’arrivée de l’intelligence artificielle.

Monter Faust aujourd’hui, c’est interroger cette envie qu’a l’homme de jouer à l’apprenti sorcier, cette difficulté à mettre le progrès au profit de tous. C’est en somme s’interroger sur ce qui reste de notre part d’humanité et donc sur ce qui la fonde de toute éternité.

Dans notre adaptation, Faust n’est pas un chimiste mais un acteur célèbre qui a consacré son existence au service des grands textes. À la fin de sa vie, sa mémoire lui fait de plus en plus défaut. Il ne lui reste que la réminiscence des rôles qu’il a interprétés, incarnés et travaillés comme un véritable ascète. C’est un homme qui n’a vécu qu’à travers la scène.
Qu’est-ce que cette vie d’acteur lui a apporté ? A-t-il véritablement vécu ou uniquement par procuration ?
Alors qu’il étudie un de ses rôles et qu’il a du mal à s’emparer du texte, un jeune acteur vient lui demander conseil. Qui est ce jeune homme et qu’adviendra t-il de cette rencontre ?

Faire de Faust un acteur (notons la mise en abîme du théâtre présente dans le Prologue du Faust de Goethe), permet de renouveler les thèmes développés dans l’œuvre initiale, comme l’amour, le pouvoir, la jeunesse, le divertissement, à travers de grandes pièces du répertoire. C’est aussi travailler sur l’image de l’acteur, celui qui compose et se transforme. Celui qui, face au miroir de sa loge, est confronté à lui-même avant d’affronter le jugement du public.